Stage TIG - La citoyenneté en acte

Témoignage de la présidente de l'association, Cécile Harda :


La Mécanique de l'instant organise un stage de théâtre de 4 jours « La citoyenneté en actes » pour des personnes ayant été condamnées à des TIG : des Travaux d'Intérêt Général.


Ces stages sont proposés en partenariat avec le SPIP (Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation) de Paris, la mairie de Paris et le FIPD (Fond interministériel pour la prévention de la délinquance) 75.


De ces stages, qui ont lieu en général 4 fois par an, je peux tenter de vous donner une image, car j'ai eu la chance de pouvoir assister en partie à celui qui a eu lieu en septembre. Je n'ai pas été présente le premier jour, celui où le cadre est posé, les règles de bien vivre ensemble rappelées, mais les responsables artistiques, Cindy et Lyès, ont à cœur de bien montrer aux participants qu'ils ne sont pas là pour les juger, qu'ils ne prétendent pas détenir une plus haute connaissance du bien et du mal, qu'ils sont au contraire les garants d'une bienveillance et d'une confiance dans le groupe. Personne à la Mécanique n’a d'ailleurs connaissance des faits qui ont amené les participants à être condamnés.


Les journées commencent par une séance de relaxation et des jeux collectifs qui font tomber une partie des inhibitions. On est quand même plus à l'aise après une bonne partie de air football avec Maxime et Julien, deux comédiens de la compagnie, qui co-animaient le stage de septembre. Ou en répondant en chœur et en écho aux onomatopées et autre néologisme criés par un participant au centre du cercle que forment autour de lui les autres participants ! Ou en souriant face aux attitudes figées que propose untel ou unetelle en réponse à des verbes plus ou moins tordus énoncés par les comédiens... le corps donne des réponses parfois étonnantes, touchantes, troublantes. Toute la palette émotionnelle y passe.


Chaque après-midi, une thématique différente est abordée. L'idée est de travailler autour des questions du respect, de la violence, des relations hommes/femmes, du racisme, des addictions, de la sexualité, du rapport au corps, etc.

Les comédiens jouent une scène d'une pièce de la compagnie. Les participants, après avoir pointé une situation problématique, remplacent un personnage pour une improvisation qui cherche à proposer une alternative, une solution.

J'ai assisté à l'échange qui a suivi une scène des Caprices de Marianne dans laquelle une femme se faisait malmener par son mari pour avoir parlé avec un cousin alcoolisé qui lui était envoyé par un admirateur extérieur. Les réactions ont été multiples, parfois emportées.

« Elle avait flirté avec le cousin. »

« Elle n'avait pas à parler à un homme en dehors de chez elle. »

« Elle aurait dû avertir son mari ! »

Elle était coupable. Mais, et lui ?

« Il aurait pu chercher à comprendre avant de menacer. »

« Il aurait pu intervenir plus tôt, d'autant que c'est son cousin, à lui. »

Et ce cousin ?

« Il aurait pu tenter de raisonner le prétendant. »

« Il aurait pu arrêter d'insister et de tourmenter celle qui est devenue peu à peu dans le regard du groupe la pauvre Marianne. »


Voir ces participants souligner les orages, jouer un possible éclairci, adapter leur langage au verbe de Musset, entendre les messages proposés par leurs collègues sans défiance, sans sarcasme, avec attention, avec tension peut être aussi, je n'ai pas de meilleure expression pour dire ce que j'ai ressenti que « j'en suis restée baba » !

Accompagné subtilement par le jeu d'Elise, de Matthias et d'Ayouba et par les liens que mettaient en lumière les meneurs de jeu du jour, Lyes et Maxime, chacun a pu prendre la parole.


L’après-midi se termine sur un moment de « brainstorm ». Les grandes idées retenues de la situation jouée sont listées, de mini scénarios sont inventés collectivement.


Le lendemain, les participants, répartis en petits groupes, s'essayent à la mise en scène, au dialogue. Certains se saisissent immédiatement de l'environnement, d'autres s'asseyent en cercle et réfléchissent au texte. Au bout de 30 minutes, c'est le show ! Deux groupes, deux spectacles !

Le premier raconte une serveuse qui se fait draguer par son collègue. Son copain arrive et devient fou de rage. Le manager doit intervenir.

Le second parle d'un couple de parents convoqués par la directrice de leur enfant. Un enfant qu'ils voient comme gentil et travailleur, mais qui leur est décrit comme insolent, absentéiste et feignant.


Là encore, la partie participative, le forum, est riche, énergique, constructif.






De « chasse gardée », on passe à « droit de propriété », jalousie, séduction, droits des femmes, relation de couple, communication, dialogue.

De cadre éducatif, on arrive au racisme, aux préjugés sociaux, à la relation parents-enfant.


Les participants nous disent qu'une fois rentrés chez eux, ils sont prêts à aller dormir...pas surprenant !!


Le dernier jour, il a été question des consommations de stupéfiants.

Je n'ai pas vu la scène de Sweet, Ô Sweetie portée par Géraldine, Romain et Yoann, mais j'ai pu voir les saynètes inventées par le groupe.

La première racontait l'histoire d'un garçon de bonne famille qui se mettait à vendre du shit pour un ami. Il perdait le shit et l'ami allait l'intimider chez lui, devant ses parents.

La seconde campait un repas de famille durant lequel le cadet se faisait démasquer par ses parents qui avaient trouvé du shit en fouillant dans sa chambre. Le grand frère à qui tout réussissait mettait de l'huile sur le feu. Et là encore, la magie opère ! Des mauvaises fréquentations, on navigue vers l'estime de soi, le besoin de reconnaissance, l'importance de laisser ses enfants grandir. Et de scène de ménage, on dérive vers les modèles parentaux, l'inégalité dans la fratrie, la solitude, le sentiment d'exclusion, la capacité à exprimer ses émotions et à se sentir en confiance.

Chair de poule assurée !


Le stage se termine par un temps introspectif et créatif.

Les participants disposent chacun d'une immense feuille de papier, de feutres, de crayons, d'images à découper. Ils sont invités à représenter comme cela leur vient qui ils étaient en arrivant, qui ils ont été pendant le stage et qui ils sont après ce stage.



Un peu de stupeur, quelques résistances, mais finalement tous se plient à l'exercice et laissent une trace. Nul doute que dans cette trace, il y a un merci.


Merci à F, M, E, E, Y, E, M et M d'avoir accepté que je suive leur parcours durant ce stage.


Un immense bravo pour leur sincérité, leur créativité et la belle dynamique qu'ils ont su instaurer dans leur groupe. Mais en leur souhaitant quand même de ne jamais revenir :)

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